Olivier Bureau
DE LA GRANDE-BORNE à Dakar, il y a une nouvelle route. Celle de la cocaïne. Une route que comptent bien emprunter les policiers de la PJ d'Evry ainsi que les troupes du groupement d'intervention régional de l'Essonne (GIR 91). Remonter la filière africaine, c'est désormais leur objectif après les coups portés à l'économie souterraine sous toutes ses formes en juin. A la Grande Borne, il n'y a pas que le cannabis qui tourne. Les enquêteurs ont mis au jour deux parcours d'importation de drogue. D'un côté, du shit, de l'autre, de la cocaïne. L'opération a commencé il y a un an. Elle vise aussi bien le réseau de trafiquants que les circuits de blanchiment. Le 19 juin dans la soirée, Tarik, 31 ans, s'empare du revolver d'un policier à la Grande-Borne. Interpellé, il est mis en examen pour tentative de meurtre. « Sans être le cerveau du réseau, cet homme fait quand même partie du haut du panier. Il est un peu une référence dans ce milieu », analyse un proche de l'affaire. Les enquêteurs sur la piste sénégalaise Dans la foulée, les troupes du GIR et de la PJ interpellent dix autres personnes, dont une dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Six seront placées en détention provisoire, deux sous contrôle judiciaire et trois relâchées. Les perquisitions à la Grande-Borne sont édifiantes : armes de poing, pistolet-mitrailleur, documents comptables, etc. Toute la panoplie du trafiquant. Les têtes de l'organisation sont donc touchées. Les enquêteurs tablent sur plus de 60 kg de coke déjà coupée importés. Valeur sur le marché, près de 400 000 . Par ailleurs, fin mai, un passeur est neutralisé à la frontière du Maroc et de la Mauritanie. Dans sa voiture trafiquée, 28 kg de cocaïne. Quelques jours plus tard, un passager se fait arrêter avec 24 kg à l'aéroport de Bruxelles. Un mois plus tôt, une femme s'était fait prendre avec 7 kg dans ses bagages, à Orly. « Le but est d'atterrir en Europe. Après, ils viennent ici par la route », indique un enquêteur. Il poursuit : « L'ensemble a des airs d'entreprise collective. Chacun amène ses contacts - qui au Maghreb, qui en Afrique noire - et ses compétences : vol de voitures, aménagements de véhicules, etc. On a tous les corps de métier de cette branche ! » L'argent de la drogue était blanchi dans des sociétés civiles immobilières (SCI) en péril ou des boîtes de nuit périclitant dans le Cher et l'Allier. La Grande-Borne était donc le phare de cette nébuleuse, mais toute la drogue acheminée n'y était pas écoulée. De plus, si la filière Maroc-Espagne-France est un classique pour le shit, la piste sénégalaise est plus récente, quelques mois tout au plus, pour les importations de drogues dures. D'Amérique latine, la cocaïne arrive en Guinée-Bissau puis transite par le Sénégal voisin avant de prendre l'avion. C'est sur ce volet que les enquêteurs vont désormais insister. « On travaille maintenant en amont et en aval, résume un policier. D'un côté, nous devons remonter jusqu'aux fournisseurs internationaux et, de l'autre, neutraliser les revendeurs, les dealers. » Une bataille gagnée, la guerre continue...

