L'histoir elle date mais c'est pour vous faire rapplé a lanciénne la grande borne commen c'etais avant lisé l'histoir elle est gangsta
SEMAINE DU JEUDI 24 Octobre 1996
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«Ils avaient des couteaux, des fusils, des pistolets»
Guerre des bandes en banlieue sud
C'était un dimanche à Athis-Mons. Des jeunes d'une cité de Grigny sont arrivés, ils ont semé la terreur et ils ont tué. Désormais, on ne se bat plus à mains nues
Ils se tiennent bien droit. Les regards sont durs. Mais pas question de pleurer. Les jeunes de la cité du Noyer-Renard à Athis-Mons sont tendus et fiers. Un des leurs est tombé, à quelques pas d'ici, dimanche 13 octobre. Il s'appelait Xavier, il avait 23 ans, il était employé à Carrefour. «Un bosseur», disent ses copains. Il est mort au pied d'un immeuble, massacré à coups de couteau. «Ils sont venus pour tuer», affirme Mohamed. «Ils», ce sont «ceux de la Grande-Borne» de Grigny, descendus le dimanche pour se venger de l'insupportable affront essuyé la veille au soir.
Le samedi, ceux qu'ils appellent aussi les «GB» avaient débarqué en trop petit nombre pour assister à un concert, ils «ont pris la volée de leur vie». Une vague querelle pour un scooter et les coups sont partis. Les mecs d'Athis tenaient une trop belle occasion de mâter ceux de la Grande-Borne, qui passent pour des durs parmi les durs. Le combat d'hommes, à mains nues, qui a suivi restera dans les mémoires de la banlieue sud. Quand les policiers sont arrivés, sous les traditionnels jets de pierre, les troupes de la Grande-Borne ont prévenu: «On reviendra.»
Ils sont revenus. Ils étaient une trentaine, disent les enquêteurs. «Une bonne centaine», exagèrent les jeunes. «Ils se sont dispersés en petits groupes, à la recherche de victimes, raconte Mohamed. Ils avaient des haches, des fusils, des couteaux, des pistolets et ils couraient, en frappant sur tout ce qui se trouvait sur leur passage.» La horde sauvage et cagoulée tombe sur Xavier. On connaît la suite. L'acharnement barbare et la mort.
Peu de jeunes ont été témoins du drame, tous le racontent. Dans les récits revient sans cesse l'attitude de la police, l'ennemi commun. «Les flics sont intervenus après le drame, alors qu'ils avaient été prévenus de l'arrivée de ceux de Grigny, assure Farid. Pourquoi n'ont-ils pas bouclé la cité comme ils l'ont déjà fait dans le passé? Je crois qu'ils ont peur.» Au commissariat, on dément, bien sûr. Le Noyer-Renard n'est pas une de ces cités où la police n'entre pas. Le Noyer-Renard n'est pas la Grande-Borne.
La Grande-Borne s'étend à une dizaine de kilomètres de là. Dès l'entrée, des panneaux préviennent: «Automobilistes, attention. 8000 enfants vivent ici.» On pourrait ajouter que 32 nationalités s'y croisent. Les immeubles sont des cylindres aux couleurs défraîchies, sinistres. Des brins d'herbe survivent dans la boue. Les voies de l'A6 longent l'ensemble. De l'autre côté de l'autoroute, on aperçoit Grigny. La Grande-Borne est un monde à part. Les jeunes d'ici disent qu'ils vivent dans «le triangle "du Bermude"», celui des jeunes oubliés.
Abandonnée, la cité est tombée sous le joug d'une petite bande qui sème une terreur quotidienne. «C'est comme une mafia, dit une femme. Des petits caïds qui vivent de trafics divers et terrorisent tout le monde: lâcher de pitbulls au marché, attaque des médecins de nuit – qui ne viennent plus –, vandalisme, racket...» Jeudi dernier, pourtant, les policiers ont investi la Grande-Borne. Ils ont interpellé une vingtaine de suspects. Parmi eux se trouverait le meurtrier de Xavier: un jeune père de famille de 19 ans, employé de la Poste.
A Athis, on raconte, mi-terrifié mi-fasciné, que ceux de la Grande-Borne jouent aux gangs américains: «Ils ont des armes, roulent dans des grosses bagnoles et se donnent des surnoms en anglais.» Ils feraient même brûler de l'essence dans de grands bidons. Mieux, ils auraient établi une liste avec les noms des ennemis à abattre. Fantasmes. «On ne peut pas comparer les situations française et américaine, estime le sociologue Adil Jazouli. Un drame comme celui d'Athis pourrait malheureusement survenir tous les week-ends. La véritable aggravation de la situation réside dans l'arrivée des armes: on ne se contente plus de se taper dessus, on sort le couteau.» Il faut ajouter qu'en six ans le nombre de cités où sévissent les bandes à doublé.
Rien à voir, toutefois, avec la logique quasi militaire des gangs américains. «Aux Etats-Unis, on appartient au gang de père en fils, ajoute un spécialiste des violences urbaines. Les groupes sont très structurés autour d'un leader et d'un trafic. En France, les jeunes n'acceptent pas la domination d'un seul chef. En revanche, la solidarité est absolue: toucher à un membre de la bande, c'est provoquer tout le groupe.»
A Athis, tout le monde se souvient qu'en 1994 le Noyer-Renard s'était enflammé après la mort de deux jeunes dans une bagarre. Depuis ce nouveau drame, les adultes (parents de Xavier, commissaire de police, maire et éducateurs) ont tenté de contenir la colère et d'enrayer l'envie de vengeance. Car le Noyer-Renard n'est pas seulement choqué, le Noyer-Renard est aussi vexé. La force déployée par la Grande-Borne a impressionné. Et le prénom de Xavier est désormais inscrit dans une mémoire collective où peur et défaite étaient jusque-là des humiliations réservées aux femmes...
Les jeunes des bandes, que l'on décrit souvent comme «sans valeurs ni repères», sont attachés à un code de l'honneur qui leur est propre. Un regard de travers, une parole déplacée, et c'est cet honneur qui est menacé. «Il est fondamental pour eux de ne pas perdre la face, explique Maryse Esterle-Hedibel, sociologue. Cela s'accompagne d'une culture du corps très forte: on règle les comptes physiquement.» Dans cette logique, la mort de Xavier a un prix: celui de l'honneur du groupe. Pour éviter le pire, les adultes ont essayé d'opposer une autre logique: celle de la dignité et de la justice. Ceux du Noyer-Renard sont-ils prêts à l'accepter?
ISABELLE MONNIN
Isabelle Monnin
Le Nouvel Observateur